France Télécom : un an après le « contrat social », les constats divergent

France Télécom : un an après le « contrat social », les constats divergent

Posté le 15 septembre 2011 dans Articles de Presse, France Télécom, Secteur des Télécoms

PARIS, 15 sept. 2011 (AFP)

Un an après la présentation du « nouveau contrat social » destiné à apaiser le climat à France-Télécom Orange après la vague de suicides, la direction se félicite des progrès accomplis, mais les syndicats restent sur leur faim. Présentant les résultats d’un baromètre social, le directeur des ressources humaines Bruno Mettling a affirmé jeudi que l’entreprise, qui a connu une série de suicides à partir de 2008, était « en voie d’apaisement ».
Selon cette enquête, réalisée par l’institut CSA en juin auprès de 4.000 employés, 84% d’entre eux jugent la qualité de vie au travail meilleure ou identique à celle des autres entreprises. Le pourcentage de salariés jugeant leur situation plus mauvaise ou nettement plus mauvaise a été divisé par deux depuis octobre 2010, passant de 16% à 8%, s’est félicité M. Mettling.

L’entreprise obtient une note globale de 6,8 concernant la qualité de vie au travail, la moyenne nationale étant située à 6,9. Selon le directeur des ressources humaines, « tous les paramètres » liés au climat social « sont en progrès », et les salariés font un lien avec le « contrat social » qui leur a été présenté en septembre 2010.

Ce contrat, doté d’un budget de 900 millions d’euros sur trois ans comporte 158 mesures destinées aux quelque 100.000 salariés en France. Selon M. Mettling, « un an après, les trois-quarts de ces mesures ont été déployées », et 495 millions d’euros ont été engagés en faveur des embauches, de la gestion des fins de carrière, des locaux, l’informatique ou encore la formation.

« Cela ne veut pas dire que les mesures sont perceptibles partout dans l’entreprise », a reconnu M. Mettling, notant que certains salariés faisaient part de leur « impatience ». De fait, les syndicats, s’accordent à dire que les progrès obtenus au niveau national tardent à prendre effet sur le terrain.
Patrick Ackermann (SUD) estime que la direction fait preuve d’ »une espèce de méthode Coué qui commence à être problématique un an après ». « Il y a eu des accords négociés et signés en 2010, mais leur application et leur déclinaison concrète dans les services ne se fait pas », a souligné le syndicaliste auprès de l’AFP.

Selon lui, la direction, conduite par Stéphane Richard depuis mars 2010, « ne pourra pas éternellement invoquer les +lourdeurs+ de l’entreprise pour justifier l’absence concrète de changement ». Même état d’esprit du côté de la CFTC. Pour Patrice Diochet, « l’entreprise a mis en oeuvre un certain nombre de leviers, ce qui est de bon augure, mais au niveau local, on est encore très loin des attentes des salariés ».

« Il y a une distorsion entre le discours national qu’on apprécie et la réalité dans les services » où il y a « encore une immense attente », a-t-il insisté, notant qu’ »il faut que l’entreprise actionne un peu plus les leviers » au niveau local. Pour Sébastien Crozier (CFE-CGC/Unsa), la direction « se félicite un peu hâtivement » et c’est simplement « l’arrêt de la violence sociale, avec les fermetures de sites, les mobilités forcées et les suppressions d’emploi » qui explique ces progrès.

L’entreprise avait notamment supprimé 22.000 postes entre 2006 et 2008 et procédé à 10.000 changements de métier durant cette même période, ce qui avait été identifié comme une des causes de la vague de suicides, leur nombre atteignant 64 à ce jour depuis 2008. M. Crozier souligne en outre que « la tension est en train de remonter parce que la situation économique se tend ». Sur ce point, M. Mettling a noté l’inquiétude des salariés quant à une éventuelle remise en cause du contrat social. Mais, a-t-il souligné, celui-ci est « traité comme un investissement », les défis économiques ne pouvant être relevés « sans un climat social apaisé ».