Son harcelèlement moral reconnu en justice

Posté le 10 février 2013 dans Articles de Presse, Espace Presse, La Poste, Secteur des Postes

Première en France, La Poste condamnée à verser 50.000 euros suite à un harcèlement moral ne fera pas appel.
La collègue était défendue par la CFTC !

La descente aux enfers d’une factrice

Elle a gagné en justice mais elle ne peut s’empêcher de pleurer en évoquant son histoire.

 » Je suis démolie, lâche l’ancienne factrice. Je suis toujours en dépression. Je ne sais pas si je me remettrai de ça un jour. »

Âgée de cinquante-trois ans, cette ancienne factrice de Salbris (Loi-et-Cher), prénommée Pascale, a obtenu en avril dernier la reconnaissance par la chambre sociale de la cour d’appel d’Orléans (Loiret) d’un harcèlement moral et d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. La Poste a été condamnée à verser environ 50.000 euros à son ancienne employée.

Aujourd’hui en invalidité, cette quinquagénaire voulait que son histoire soit médiatisée. « Je veux que ça se sache parce que certains de ceux qui m’ont harcelée sont montés en grade » lance-t-elle.

Le harcèlement moral dénoncé par cette ancienne factrice, embauchée au bureau de poste de Slabris (partie courrier) en 1998 et licencier en 2008, ne venait pas de ses supérieurs, mais de ses collègues. « C’est un groupe (quasiment que des femmes, NDLR) qui a complètement dérapé, explique-t-elle. Elles me reprochaient de prendre une pause repas pendant ma tournée, ce qui obligeait l’une d’elles, qui était en poste à la réception des comptes, à m’attendre pour clôturer. Nous avions pourtant voté, en interne, pour pouvoir faire une pause repas de quarante-cinq minutes. Je me suis retrouvée esseulée. Il m’appelaient « la merde ».

Cette ancienne factrice dit avoir surtout soufferts de l’absence de soutien et de protection de La Poste. L’arrêt de la cour d’appel d’Orléans, que nous avons pu consulter, le confirme : « Une telle situation ne pouvait que dégénérer en l’absence de tout intervention de la hiérarchie ou des instances dirigeantes de l’entreprise qui avait l’obligation […] de rechercher […] les solutions utiles au maintien d’un minimum de cohésion au sein de ses équipes, sauf à cautionner le dévalorisation du travail » réalisé par Pascale.

Après deux accidents dans ses heures de travail (une caisse reçue sur la tête et un malaise au volant pendant sa tournée) que l’ancienne factrice espère toujours faire reconnaître comme des accidents du travail, Pascale tente de se reconstruire. « Mais j’ai tout perdu en 2008, précise-t-elle en pleurant. Mon mari, qui est décédé, mon travail et ma fille qui est partie vivre aux Pays-Bas. »

Contactée, La Poste nous a envoyé cette réponse par courriel : « Cette affaire juridique, qui concerne le licenciement d’une postière, fait suite à une procédure disciplinaire que La Poste ne peut commenter. Tout collaborateur de l’entreprise a des droits mais aussi des devoirs. La direction de La Poste a pris note de l’arrêt du 5 avril 2012 de la cour d’appel d’Orléans et ne se pourvoira pas en cassation. »

Geoffroy Jeay
pour Le Berry Républicain le 21 décembre 2012