35 heures
Projet de loi assouplissement des 35 heures
La position de la CFTC
La loi 35 heures a été élaborée
à partir dune décision politique, sans
réelle intervention des partenaires sociaux, avec
un faible apport de la négociation sur la rédaction
du texte.
Des problèmes dapplication prévisibles
se posent maintenant (SMIC, passage des TPE à 35
heures
). Comment modifier un dispositif aussi complexe
?
Labsence dun consensus initial des partenaires
sociaux et la posture idéologique contre les 35 heures
du patronat conduisent à labsence de possibilité
de négocier un aménagement dun texte
que les principaux intéressés ne portent pas.
Si la France veut devenir un pays socialement majeur, il
faudra bien que la négociation des partenaires sociaux
prenne une place plus prépondérante par rapport
à la loi.
On ne peut également reprocher aux syndicats dêtre
faibles et les écarter in fine des débats
importants pour les salariés.
Un texte social voté par le parlement, dans une démocratie,
a une légitimité incontestable. Mais sil
ne sappuie pas sur un consensus minimum des partenaires
sociaux, il est beaucoup plus exposé à une
remise en cause lorsque la majorité change.
Des textes qui recueilleraient un consensus réel
des partenaires sociaux, repris par la loi, éviteraient
peut-être ces coups de volants .
Cela conduirait peut-être également à
une moindre politisation du social. Or les risques liés
à cette politisation, porte ouverte à la surenchère
parlementaire, sont pour nous redoutables. Cela peut-être
toute la différence entre une loi pragmatique et
consensuelle et une loi idéologique peu efficace.
Le problème de linstabilité
juridique
Cette démarche est fortement influencée par
une approche idéologique qui voit dans les reculs
sociaux (temps de travail, flexibilité, bas salaires
)
le moteur de la croissance. Or ce qui fait obstacle à
lemploi en France, nest-ce pas dabord
le flou et lincertitude juridique qui résultent
de linstabilité des dispositions législatives
et réglementaires dans une période dalternances
politiques fréquentes ? Ces incertitudes et les déclarations
très excessives du Medef sur les 35 heures ne sont-elles
pas elles ensembles plus dissuasives pour linvestissement
sur note territoire que la loi 35 heures ?
Les entreprises et le branches qui ont négocié,
parfois difficilement, voient changer les règles
et les conditions prises en compte dans la recherche dun
équilibre modifiées. On change pas sans dommage
la règle du jeu au milieu dune partie.
Les employeurs obtiennent par la loi des dispositions quils
nont pu avoir par la négociation.
Sur le Smic
La revendication essentielle dun alignement rapide
des SMIC par le haut est satisfaite.
Les salaires les plus bas (temps partiels, 35 heures payées
35, garanties mensuelles anciennes) sont les plus revalorisés
La revalorisation peut aller jusquà 11,4% pour
certains smicards.
Les salariés à temps partiels et à
35 H payées 35 verront leur salaire réévalué
(à condition que la revalorisation affecte le SMIC
horaire, ce qui doit être confirmé). Cela mettra
fin à une injustice : des salariés occupant
le même emploi pouvant être payés avec
un écart de 11,4%.
Mais, suite aux option prises par le gouvernement, le SMIC
ne bénéficie plus de progression du pouvoir
dachat pendant 3 ans ce qui entraîne un décrochement
pour les salaires les plus bas par rapport au salaire moyen.
Le gouvernement garde la possibilité de coups de
pouce pendant ces trois ans. Nous saurons le lui rappeler.
Lindice INSEE est régulièrement critiqué.
Compte tenu du rôle essentiel quil joue, il
est donc dautant plus important que cet indice fasse
lobjet dun consensus sur sa fiabilité.
Les branches ou entreprises qui ont négocié
en cherchant à créer des emplois se trouver
pénalisées. Elles bénéficient
des mêmes aides que celle qui nont pas négocié.
Outre les distorsions de concurrence, cela nencourage
guère les entreprises à moderniser leur gestion.
Un effet plus limités que ne le
prétendent les organisations patronales
Pour les entreprises qui ont déjà négocié
les 35 heures, lapplication de la garantie mensuelle
de revenu (GMR) qui permet le maintien du salaire pour les
smicards lors du passage à 35 heures, réduit
fortement limpact de la hausse qui ne s applique
intégralement quaux salariés à
temps partiel et embauchés après laccord
35 heures (si laccord nétait pas plus
favorable).
Pour celles qui nont pas négocié, elles
bénéficieront de la baisse de charges. De
ce fait la hausse du SMIC est en grande partie compensée.
Elles pourront par ailleurs imposer de travailler 35 heures
avec une baisse du salaire ou imposer deffectuer au
moins 4 heures supplémentaires. Dans le premier cas
elles baisseront les salaires réels de 11,4 % tout
en bénéficiant de laide. Dans le second
cas, elles paieront des heures supplémentaires majorées
de 25 % (soit 1 heure pour quatre heures) ou seulement de
10 % (soit 24 minutes pour 4 heures). Cela reviendra au
maintient du salaire plus 1 heure ou 24 minutes de salaire.
Sur les abattements
de charges
La CFTC reste réservée sur tout ce qui représente
des aides aux entreprises. En tout état de cause,
celles-ci doivent être conditionnées à
un engagement réel et mesurable des entreprises.
Des études (comme celles de la DARES) montrent que
les effets de ces aides, sur lemploi par exemple,
sont faibles en regard de leur coût.
Les abattements de charges sont dautant plus importants
que les salaires sont plus bas. Cela représente ainsi
une prime aux entreprises qui payent le plus mal.
Le fait que ces aides ne soient pas liées à
un accord enlève tout intérêt pour lentreprise
à négocier les 35 heures. Comme la plupart
ne revaloriseront pas les salaires réels au dessus
du SMIC, cela va provoquer un tassement des bas salaires
et les salaires entre le SMIC et 1,7 fois le SMIC ouvriront
droit à ces aides et lentreprise sera indemnisée
pour des dépenses quelle na pas engagés.
Si la CFTC est satisfaite que le ministre de lemploi
se soit engagé à ce que la perte de cotisations
soit intégralement compensée pour les organismes
sociaux, elle souligne que, compte tenu des contraintes
budgétaires de lEtat, les sommes engagées
risquent de faire défaut si les déficits se
creusent dans la protection sociale.
Sur l'assouplissement des 35 heures :
Le décret 180 heures
Le décret portant le contingent de 130 à 180
heures permet aux entreprises appartenant à des branches
qui nont pas négocié daugmenter
le nombre dheures supplémentaires sans négociation
ni recours à laccord de linspection du
travail.
La jurisprudence fait démarrer les repos compensateur
au delà du contingent réglementaire actuellement
de 130 heures. Le fait de porter ce contingent à
180 va, dans un premier temps, supprimer les repos compensateurs
entre 130 et 180 heures pour tous les salariés concernés.
La disposition qui alignera le déclenchement des
repos compensateurs sur le contingent dheures supplémentaires
de la branche va quasiment faire disparaître les repos
compensateurs liés au volume annuel dheures
supplémentaires. Dans les branches qui ont négocié
des contingents de plus de 300 heures supplémentaires,
le seuil de déclenchement des repos compensateurs
sera porté à plus de 300 heures.
Le fait que les repos compensateurs ne soient que de 50
% du temps travaillé au delà de 41 heures
pour les entreprises de moins de 20 salariés (contre
100 % pour les plus de 20) continue à creuser lécart
injuste entre PME et grandes entreprises.
Le décret 180 heures revient à donner aux
entreprises concernées le bénéfice
de lassouplissement avant de lavoir négocié.
Le fait de fixer le seuil définitif après
les négociations posera le problème que nous
avons connu avec larticulation loi Aubry I et Aubry
II. Lalignement se fera-t-il sur le plus bas ou le
plus haut. Chacune des solutions pose problème. Le
seuil unique de 180 ne peut rester acquis en cas déchec
des négociations.
Le calcul de la durée annuelle
du travail à 1600 H
Cette mesure aboutit à permettre de fusionner des
jours fériés avec des jours de RTT. De plus
elle remet en cause le calcul sur la référence
hebdomadaire ce qui va dans le sens de lannualisation
du temps de travail.
-
Forfait cadre
et itinérants
Les nouvelles dispositions visent à sécuriser
les accords de branches. Ceux-ci peuvent lêtre
par rapport aux jurisprudences, le seront-ils par rapport
aux instances judiciaires européennes ?
-
Les cadres intégrés
La définition reste proche de celle de la loi Aubry
II.
-
Les salariés
itinérants
La démarche nest plus détendre
la notion de forfait jour à des non cadres, ce
dont nous nous félicitons. Mais le fait de permettre
dappliquer le forfait annuel en heures aux itinérants
dès lors quils sont autonomes ou que la durée
de leur travail ne peut être prédéterminée
revient à élargir fortement la population
concernée et à augmenter encore le nombre
de salariés effectuant des heures supplémentaires
non payées en grande quantité. Ils ne bénéficient
même pas de la majoration en fonction du contingent
annuel dheures supplémentaires. Le problème
du temps de travail des itinérants et des heures
supplémentaires non payées reste posé
pour cette catégorie.
- Les cadres intermédiaires
Mettre laccent sur la notion dautonomie dans
lorganisation du travail est certes important, mais
la prise en compte de la nature des fonctions et des responsabilités
exercées permettent de mesurer la réalité
et la vraisemblance de lautonomie. En fait cette
mesure revient à ouvrir potentiellement la possibilité
de transformer tout cadre en cadre forfaité, cest
à dire un salarié dont la journée
de travail ne connaît quune limite : les 11
heures de repos consécutif qui ne sont même
pas vérifiables. Or le statut de cadre est lui-même
peu encadré. La notion de salaire, par rapport
à ce qui se pratique dans la profession ou lentreprise
nest, par exemple, pas prise en compte. La porte
est maintenant ouverte à davantage de dérives.
Le compte épargne temps
Laménagement du CET est loccasion de réaffirmer
le rôle de ce compte par rapport à un projet
personnel (de formation ou de départ anticipé
par exemple) et son fonctionnement basé sur le volontariat.
Le compte épargne temps na vraiment de sens que
sil permet dépargner du temps. La possibilité
de transformer la prise du temps épargné en
salaire, si le salarié a le choix, pose un problème
: labsence dun effet emploi.
Les jours affectés au CET relèvent et doivent
continuer de relever du volontariat. Laccord dentreprise
ou de branche précise les conditions pour assurer ce
volontariat.
La CFTC refuse la monétarisation de la gestion du compte
car elle revient à leurrer les salariés. Que
vaudront en effet dans dix ans les jours épargnés
aujourdhui si le salarié veut les utiliser pour
un projet (par exemple une formation ou un départ anticipé
en en retraite) ? Sil a épargné 50 jours
qui sont traduits en euros et ne peut à la sortie bénéficier
que de 25 jours en reconvertissant la somme en jours, quel
projet pourra-t-il réaliser ? La CFTC ne souhaite pas
transformer le CET en une sorte de compte de Caisse dEpargne
et elle ne peut approuver maintenant ce quelle a refusé
dans les négociations de la formation professionnelle.
En tout état de cause le compte doit être impérativement
revalorisé au moins annuellement en cas de gestion
monétarisée. La revalorisation ne peut être
inférieure au salaire réel du salarié
ou à lévolution du salaire moyen de lentreprise.
La procédure dagrément
dans les organismes à caractère sanitaires et
social
Le projet de loi prévoit que le complément différentiel
de salaire prévu par un accord collectif de RTT permettant
de maintenir la rémunération des salariés
passés à 35 heures nest dû quà
compter de lagrément ministériel. Cette
disposition ne permettra pas aux salariés de conserver
leur rémunération dans lattente de lagrément
alors que cette procédure est particulièrement
longue (de lordre de 2 ans).
Cette mesure est particulièrement injuste et placera
les salariés dans une situation financière très
délicate pendant toute la procédure dinstruction
des dossiers
Les autres assouplissements
Le projet renvoit à des négociations de branches
la définition du contingent, de la majoration des heures
supplémentaires, des repos compensateurs avec un seul
garde-fou : le taux de majoration qui ne peut être inférieur
à 10 %.
La CFTC sest prononcée pour une mise en uvre
intelligente et négociée des 35 heures. Elle
nexclut donc pas, des négociations de branches
visant à assouplir. Mais elle ne peut quêtre
inquiète par rapports aux effets possibles sur les
rémunérations, lorganisation du temps
de travail des salariés et à lemploi du
projet qui nous est présenté.
Les négociations 35 heures de branches ou dentreprises
ont conduit à des accords donnant-donnant qui échangeaient
les 35 heures contre de la flexibilité ou de la modération
salariale. Cet équilibre est remis en cause.
Le projet qui ouvre la possibilité de beaucoup moins
payer les heures supplémentaires et de faire disparaître
les repos compensateurs peut conduire à la remise en
cause des 35 heures et de fait des accords conclus.
Nous sommes loin de lidée de permettre aux salariés
qui le veulent de pouvoir bénéficier dheures
supplémentaires.
Pour quune négociation soit possible, il faut
en effet que les négociateurs syndicaux trouvent des
contreparties suffisantes pour les salariés. Celle-ci
sont à rechercher par exemple dans la possibilité
de refuser deffectuer des heures supplémentaires
ou un délai de prévenance, dans un meilleur
usage du CET ou dans un revalorisation des minima de branche
Or pour être équilibré le texte du gouvernement
doit également proposer des éléments
favorables aux salariés à la négociation.
La CFTC veillera à ne pas laisser remettre en cause
les 35 heures et à ce que les salariés bénéficient
de contreparties équilibrées.
Les branches les moins-disantes socialement seront probablement
celles qui se distingueront par les dispositions les plus
défavorables.
La CFTC renouvelle sa demande insistante que le texte reprenne
les dispositions de la position commune des partenaires sociaux
de juillet 2001 sur les conditions de validité des
accords de branches (absence dopposition de la majorité
des organisations).
Enfin une question reste posée
De très nombreuses heures supplémentaires travaillées
ne sont actuellement pas payées. Augmenter le contingent
à 180 heures ne va pas améliorer cet état
de fait. La CFTC rappelle sa demande dun alourdissement
des sanctions, au profit du salarié, lorsque des heures
de travail non payées sont constatées, toutes
les heures doivent être décomptées de
façon lisible et précise sur la feuille de paie
et un renforcement des contrôles dans les entreprises
doit être assuré tant que la présence
syndicale y est insuffisante pour faire respecter la loi.
Liens :
http://www.35h.travail.gouv.fr/
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