Actions européenne de la fédération CFTC des postes et télécommunications

(article proposé par Jean-Pierre Praseuth, chargé des affaires européennes le 24 juin 2013)

Etant donné que l’environnement professionnel et les entreprises-surtout celles des secteurs Postes & Télécoms, ne s’arrêtent plus aux frontières nationales, et aussi pour défendre le pluralisme syndical en Europe, la Fédération CFTC des Postes et Télécommunications est adhérente de la Fédération européenne du personnel des services publics Eurofedop qui regroupe des syndicats chrétiens et d’autres syndicats démocratiques en Europe. Eurofedop est créé au cours du premier Congrès de la Fédération internationale du personnel des services publics, à Vienne, en Autriche, en 1966. Mais l’enracinement vient de plus loin. En effet, la « Fédération internationale des syndicats des employés des PTT » fondée en 1922 et la « « Fédération internationale des syndicats chrétiens » fondée en 1930, ont fusionné à Paris, en novembre 1953, pour devenir la « Fédération internationale des syndicats chrétiens  du personnel des services publics et PTT ». Cette organisation a été renommé en 1966 « Fédération internationale des employés des services publics » Infedop. La première organisation régionale Eurofedop est née à la même occasion. Afin de renforcer la coopération entre les membres, 7 conseils professionnels ont été érigés : Services postaux et Télécommunications, Administrations locales et régionales, Ministères et Finances, Services de santé, Police, Défense, Justice. Eurofedop compte actuellement un million de membres venant de 55 organisations membres dans une vingtaine de pays européens.

En 2008, afin d’asseoir la représentativité auprès de la commission européenne, Eurofedop s’est rapproché de la Confédération Européenne des Syndicats Indépendants CESI. Eurofedop devenant le deuxième adhérent de la CESI en terme d’adhérents. C’est ainsi que la Fédé CFTC des P&T, ainsi que la  Fédé CFTC Santé-Sociaux, la Fédé CFTC Territoriaux (FNACT) et la Fédé CFTC  des Agents de l’état deviennent membre de la CESI à travers Eurofedop.

La CESI compte environ 8 millions de membres dans plus de 20 pays européens (UE et pays candidats) dans les secteurs publics et privés. Ce qui traduit mieux la situation actuelle de l’évolution des statuts du personnel.

Il est à signaler qu’au niveau confédéral, la CFTC est membre de la CES « Confédération Européenne des Syndicats » qui regroupe 60 millions de membres à travers 36 pays européens. Dont la CGT et la CFDT.

En faisant le choix d’adhérer à une structure plus réduite, mais affichant des valeurs humanistes et chrétiennes, notre fédération a pu exprimer pleinement sa position en étant dans les instances dirigeantes jusqu’à très récemment. Depuis octobre 2012, c’est la fédération des Territoriaux qui représente la CFTC au bureau d’Eurofedop.

De plus, au niveau de la CES, les syndicats sont regroupés par nationalité. Si bien que la spécificité CFTC est gommée. Le représentant CFTC parle au nom de tous ses homologues français dans un groupe de travail et ainsi de suite. Si la CFTC n’est pas présenté dans une commission ou groupe de travail, c’est l’orientation de l’OS française qui s’exprime ! Pour ne citer qu’un exemple : Comment la CFTC peut parler de la même voix que la CGT ?

Quelles sont les activités ?

Le Conseil Professionnel des Postes et Télécoms qui rassemble les délégués syndicaux de 13 pays se réunit deux fois par an, une fois en décembre à la Commission Européenne de Luxembourg et une fois en milieu d’année dans le pays de l’un des membres ayant proposé d’accueillir la réunion. Chacune de ces réunions a été préparé dans les groupes de travail dans le cadre des rencontres préliminaires. Des représentants d’entreprises du secteur des postes et des télécommunications et des représentants de la Commission européenne ou d’autres organisations européennes et internationales ont été invités à participer aux réunions du CP qui en a profité pour discuter avec eux des sujets pertinents pour les secteurs P&T.

Les délégués du CP ont ainsi élaboré des résolutions sur des sujets d’actualité tels que « conditions de travail dans les entreprises des postes et télécoms et dans les centres d’appel, la révision des décisions réglementaires, les conditions de travail adaptées à l’âge du travailleur jusqu’à son départ en retraite, une rémunération décente adaptée au contexte de chaque pays, etc.

Parmi des thèmes de « lobbying » de la CESI/Eurofedop auprès des instances européennes, on peut citer une action dans laquelle notre fédé s’est fortement impliquée depuis des années, c’est le projet de création d’un Comité d’évaluation de la régulation économique dans les secteurs des télécommunications (CEREST). Initiative déjà présentée à deux commissaires européens en 4 ans (en 2008, Madame Viviane Reding, en charge des nouvelles technologies et en 2012 M. Michel Barnier, en charge des services) . En effet, pour les entreprises des télécoms, la réglementation européenne s’est traduite par des suppressions d’emploi, la détérioration des conditions de travail, la destruction de l’industrie européenne des télécoms sous la pression des seuls critères financiers. En absence de prise en compte des salariés du secteur dans la réglementation actuelle, la création du CEREST devrait permettre aux syndicalistes et académiques d’évaluer et proposer des solutions qui atténuent les incidences négatives. Malheureusement, la tâche est ardue car UNI-Europe, l’autre grande confédération syndicale européenne s’oppose à la participation de CESI/Eurofedop à la table du dialogue social européen sous prétexte de la présence dans la délégation CESI/Eurofedop de certains syndicats (DPV/Kom et CFTC pour ne pas les citer).

Réunions depuis mai 2010

GT P&T Ypres Belgique oct 2010
CP P&T Luxembourg déc 2010

GT P&T Graz Autriche mars 2011
CP P&T (Salamanque en Espagne avril 2011,

Réunion des correspondants europe des fédé CFTC à la conf

GT P&T (Banja Luka Bosnie) oct 2011
CP P&T Luxembourg décembre 2011

CP P&T Thoune Suisse mai 2012
GT P&T Innsbruck oct 2012
CP P&T Luxembourg déc 2012

Congrès d’Eurofedop Luxembourg avril 2013
GT P&T Bruxelles avril 2013
CP P&T Pristina avril 2013

De plus, CESI/EUROFEDOP organise aussi des séminaires réunissant l’ensemble des secteurs. Pour ne citer que deux exemples récents, en décembre 2011, le séminaire à Berlin traite de l’impact de la crise financière sur les services publics en Europe et en septembre 2012, le séminaire à Zagreb traite du dialogue social dans les Balkans. A chaque fois, il y a une centaine de participants venant de plus de 20 pays ainsi qu’un large groupe d’orateurs et d’invités éminents.

Les réunions du CP et GT sont l’occasion aussi pour les délégués syndicaux de créer un réseau européen permettant d’échanger les pratiques sociales encore très hétérogènes dans le continent.

En effet, nous sommes souvent victimes du syndrome des évidences, ce qui se traduit par regarder les autres avec ses lunettes, son spectre d’acceptance nationale en plaquant sa lecture habituelle. Or malgré les 700 mille pages  qui fondent l’acquis communautaire, le chemin est encore long pour arriver à un niveau social acceptable par tous et partout sur le continent.

Les contours de l’Europe sociale se dessinent lentement. En l’absence d’initiatives européennes et d’une meilleure coordination des mesures nationales, il n’est pas possible de progresser dans le cadre de la politique sociale. C’est la raison pour laquelle les salariés doivent également se rassembler à l’échelon européen pour défendre leurs intérêts. Il faudrait désormais penser à ce que les demandes que nous élaborons en France puissent avoir un impact au niveau européen. Il faut imaginer des régulations, des orientations, des définitions de taquets en France et en trans-pays, donc trans syndicats européens qui permettent des applications diversifiées.

Au congrès de la CESI en décembre 2012, Eurofedop a décidé de ne pas fusionner avec la CESI, tout en poursuivant la coopération étroite avec la CESI. Cependant les Conseils Professionnels sont devenus des entités plus autonomes. Par la même occasion, quelques syndicats dont DPV/KOM ont préféré adhérer directement à la CESI en quittant Eurofedop. Ceci s’ajoute à la défection des syndicats chrétiens  Belges en 2012. Malgré cela, Eurofedop reste très attractif vis-à-vis de nos collègues des pays de l’ancien Europe de l’Est.  En particulier toutes les entités de l’ex-Yougoslavie « co-existent », c’est une grande leçon de diversité et de tolérance. Ce n’était pas acquis naturellement. Le chemin est long pour parvenir à une harmonisation sociale européenne. Cependant la ténacité de tous dans la durée et dans la constance du respect des valeurs chrétiennes et humanistes arrivera à surmonter les obstacles dressés par les « plus puissants ».

Afin d’aller encore plus loin au niveau international, depuis mars 2013, Jean-Pierre Praseuth est aussi expert d’Infedop pour les travaux du TUAC/OCDE. (Trade Union Advisory Committee ou Commission Syndicale Consultative de l’Organisation de Coopération et Développement Economique).  Les liens se nouent donc  avec les organisations sœurs ou cousines dans tous les continents.